Le 7 janvier 1610, fut la découverte par Galilée de trois étoiles près de Jupiter. Quatre siècles plus tard, l'événement continue d'être célébré en fanfare par la communauté intellectuelle et scientifique. La prestigieuse université de la Sorbone l'a commémoré en faisant soutenir un de ses brillants chercheurs, un mauritanien du nom de Cheikhna Mohamed Wagué alias Youba Mahamadou qui présenta une thèse d'Histoire moderne contemporaine et d'Anthropologie historique sur les Soninkés du Fouta Toro du XVIIIe siècle à nos jours. Encore une nouvelle consécration pour la recherche scientifique mauritanienne et africaine à l'étranger.
gieuse université de la Sorbonne l'a commémoré en faisant soutenir un de ses brillants chercheurs, un Mauritanien du nom de
L'auteur y a levé tout le mystère sur l'origine de cette population aussi bien en Mauritanie qu'au Sénégal. Dans cette brillante thèse dont la qualité scientifique et rédactionnelle est unanimement reconnue et saluée par tous les membres du jury, il restaure splendidement, pour la première fois, la " vraie histoire " des minorités soninkées du Fouta Toro. Une histoire entachée de soubresauts, d'événements, de conflits, de rivalités acharnées qui, comme depuis la nuit des temps, ont fait de l'histoire de ce peuple un long fleuve agité. " Une histoire bien réécrite dans un français très remarquable, académique, parfois poétique et tout cela mené de façon rigoureuse d'un point de vue scientifique" selon les propos d'un membre du jury. " Où avez-vous étudié et appris le français ?" n'a-t-on cessé d'interroger l'auteur.
Une brillante écriture historique Composé de Pierre Boilley, historien, directeur de thèse et Professeur des universités et directeur du Centre d'Études des Mondes Africains, Monique Chastanet, historienne, chargée de recherches au CNRS, Mahamet Timéra, socioanthropologue, Professeur des Universités, Jean Schmitz, anthropologue, Directeur des études à l'EHESS et à l'IRD, Christophe Daum, anthropologue, Maître de conférence à l'Université de Rouen, en détachement à l'IRD au Mali, ce jury de qualité et de spécialistes n'a pas hésité à accorder à Cheikhna Mohamed Wagué la plus haute des distinctions universitaires, à savoir la mention très honorable avec les félicitations à l'Unanimité, tout en autorisant également le chercheur mauritanien de bien vouloir publier ce travail sans tarder, eu égard à son intérêt scientifique et à sa contribution à la connaissance d'un domaine peu étudié. Il est important de noter au passage que depuis juin 2006, une circulaire du ministère de l'éducation française a ordonné à toutes les universités françaises de réserver désormais les félicitations du jury et, de surcroit, les félicitations du jury à l'unanimité qu'aux thèses très exceptionnelles, qui sortent du lot, ce qui est le cas de la thèse de cet humble et brillant fils de l'Afrique, de la Mauritanie, du Fouta Toro, de Kaédi, de la communauté soninkée et de Gattaga.
Pour résumer, il est question dans ce travail de montrer qu'à la fin du XVIIIe siècle, une minorité soninkée, accablée par la détérioration des conditions climatiques et les guerres civiles répétées, vient progressivement s'installer au Fouta Toro (Mauritanie, Sénégal). Grâce aux conditions naturelles, politiques, économiques et sociales de cette région, elle se reconstruit et consolide son homogénéité. Elle s'appuie alors sur les expériences migratoires antérieures - et infructueuses - des Soninkés dans la région pour adopter des stratégies identitaires sur le plan matrimonial, politique, social, spatial, religieux et économique, afin de conserver ses particularités sociolinguistiques au sein de la majorité halpoular. À partir de 1890, elle voit ses structures sociopolitiques et économiques, ainsi que sa cohésion interne, bouleversées par le choc colonial qui s'inscrit dans la durée. Les contradictions internes - liées aux hiérarchies sociales, aux confréries, à la montée de ce qu'il est convenu d'appeler le " fondamentalisme " musulman et aux frontières politiques ou régionales - et les influences externes -consécutives à l'école moderne, à la migration, à la monétarisation et aux difficultés économiques - sont telles que cette dynamique socio-identitaire n'est pas près de s'arrêter. Composé de deux tomes d'un volume total de 550 pages, cette thèse est riche de 1056 notes de bas de pages, 34 pages d'introduction, 60 pages de sources et de bibliographes, 8 pages de glossaires, 9 pages d'indexes de noms propres, 14 pages d'entretiens traduits du soninké en français, 152 pages d'annexes. Au total, la fluidité du style de l'écriture, la richesse de l'appareil critique, la densité du travail et le soin apporté à sa présentation, la pédagogie et la finesse de sa défense orale au moment de la soutenance ont séduit et convaincu plus qu'un membre du jury, ce qui dénote la rigueur et la démarche méthodique, mais également la personnalité de l'auteur qui n'aime pas la complaisance et les choses mal faites.
Une famille des lettrés Cheikhna Mohamed Wagué vient démontrer que, s'il n'est pas scientifiquement prouvé de dire que le savoir s'hérite, que le succès peut toutefois devenir une tradition dans une famille comme la sienne. Une famille dans laquelle la rigueur de l'éducation paternelle est unanimement reconnue et saluée de tous. Major à l'Université de Nouakchott et à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar où il avait déjà soutenu un Mémoire de DEA en Histoire sous la direction du Professeur Abdoulaye Bathily, il obtint les clés de la Sorbonne après un concours très sélectif sur présentation de dossier. Il est d'ailleurs l'un des rares africains inscrits au Laboratoire du Centre d'Études des Mondes Africains de Paris 1 Panthéon Sorbonne (CEMAf), instance suprême et coeur battant de la recherche scientifique de cette prestigieuse université consacrée à l'Afrique.
En réalité, ce résultat n'est pas une surprise pour celui qui connait le parcours intellectuel de Cheikhna Mohamed Wagué. En effet, à l'âge de 14 ans, il avait déjà fini les 114 sourates du Coran auprès de son père, El hadj Mahamadou Bouna Wagué, une sommité religieuse de sa communauté. Entre ses 14 et 18 ans, qui coïncida avec l'obtention de son baccalauréat, il avait commenté tous les livres théologiques malékites auprès de son érudit père. C'est le lieu aussi de souligner que l'auteur de cette thèse n'a jamais refait une classe depuis son entrée à l'école jusqu'à son couronnement actuel à la Sorbonne, ce qui ne peut être qu'un don qu'Allah accorde à certaines de ses créatures. L'échec scolaire lui est donc étranger. Là où il a étudié, il s'est imposé et a laissé ses marques. Ce résultat est donc le prolongement logique d'une intelligence remarquable et remarquée auprès du chercheur polyvalent qu'est Docteur Wagué par son premier maître, son propre père. " Calme, humble, brillant, honnête et respectueux, Monsieur Wagué a également une personnalité attachante et des qualités intellectuelles attendues d'un bon chercheur, eu égard à sa bonne maitrise du français, de l'arabe, de l'anglais, du soninké, du peul, du wolof, martèle Pierre Boilley, son directeur de thèse, au moment de l'ouverture de la soutenance, comme pour dire au public et aux autres membres du jury qu'on a affaire un être, certes calme, mais multidimensionnel et exceptionnel".
Il n'est pas sans intérêt de rappeler que c'est aussi dans cette université que Cheikhna Mohamed Wagué co-publia son premier livre sur l'identité culturelle des Soninkés du Fouta-Toro. Modérateur principal du site de l'association soninkée, membre actif de plusieurs associations de sa communauté, ce jeune mauritanien est aussi à l'origine de la naissance d'un jumelage entre l'association Sud Manche et la ville de Kaédi. La suite naturelle des choses a fait que tous les membres de la communauté soninkée et ses amis de toutes les autres communautés des mauritaniens de France ont répondu en masse à sa soutenance et se féliciter de cette brillante consécration qui est, d'abord, celle de toute la Mauritanie. Touché par cet élan de soutien, il conclut sa soutenance, après sa bonne défense devant un jury pluridisciplinaire et rigoureux, par une belle phrase qui a marqué le public : " Je rends un hommage bien mérité à l'amitié quand elle est sincère et à la parenté quand elle est bien entretenue ".
SOURCE APM : AGENCE DE PRESSE MÉDITERRANÉENNE SECTION : DISTINCTION SCIENTIFIQUE
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Après la dislocation de leur empire, le Wagadu - l’empire du Ghana - au XIIe siècle, les Soninkés se sont dispersés un peu partout en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, en Mauritanie, en Gambie, en Guinée Bissau, en Guinée et en Côté d’Ivoire. Cette grande migration semble les façonner jusqu’à devenir l’un de leurs traits caractéristiques fondamentaux. En effet, le peuple soninké se distingue par sa grande propension à migrer (terinde). C’est ainsi que le bassin du fleuve Sénégal à cheval sur la Mauritanie, le Mali et le Sénégal, où on les retrouve majoritairement aujourd’hui, constitue aussi un grand bassin d’émigration, notamment vers la France.
Une autre caractéristique de ce peuple, c’est sa capacité d’adaptation dans le milieu d’accueil. En effet, après la décadence de l’empire du Ghana, les premiers Soninkés arrivés sur les rives du fleuve Sénégal, à l’Ouest et à l’Est, sur les rives du Niger, se mêlèrent aux populations autochtones tout en conservant une partie de leur identité. C’est ainsi qu’aujourd’hui, qu’onretrouve certains patronymes soninkés chez d’autres peuples de cette région ouest-africaine[1].
L'objectif de cet exposé n'est pas d'aborder de manière exhaustive l'histoire et la culture des Soninké, celles-ci ayant fait l’objet de nombreux travaux d’anthropologues et d’historiens. Il s’agit ici, nous nous limiterons tout juste à faire une brève présentation des fondements de la culture et de l’histoire du peuple Soninké. Pour ce faire, nous présenterons dans un premier temps l’aire géographique où sont localisés, aujourd’hui, les Soninkés en Afrique de l’Ouest. Ensuite dans un deuxième temps, nous présenterons l’histoire du peuple Soninké, qui comme partout en Afrique est structurée par une légende transmise par la tradition orale. Enfin, nous terminerons notre exposé par la présentation de quelques caractéristiques de la culture Soninké d’hier et d’aujourd’hui.
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L'objectif de cette étude n'est pas d'aborder de manière exhaustive l'histoire des Soninké, car nombre d'anthropologues, d'historiens, ont déjà fait des recherches sur cette question. L'intérêt de rappeler avec brièveté cette légende, est d'éclairer la signification de l'émigration pour les Soninké. En effet, dans l'évocation du mythe fondateur du Wagadu (Ghana), deux thèmes saisissants apparaissent : la dispersion et le voyage (pérégrination de Di a, le père, puis son fils, Dyabe, à la recherche d'une terre habitable).
Il semble que la rupture de la convention avec le serpent « bida », génie tutélaire, soit à l'origine des désastres qui ont précipité la chute du pays. Mais cette explication de l'éclatement de l'empire du Wagadu, ne convainc pas toutes les têtes pensantes de l'histoire des Soninké. Selon d'autres sources, rapportées par les chroniques d'Al Bakri, d'Al Zhuri et d'Al Idrissi, l'empire connut entre le XIe et XIIe siècles des conflits d'autorité. A cela s'ajoute selon A. Bathily, l'insuffisance des ressources agricoles, qui ne permettaient plus de « supporter le poids d'une population dense à l'époque, à cause de l'afflux que le développement du commerce avait provoqué »(1) Toujours, selon le même auteur, l'éparpillement des gens du Wagadu s'est déroulé de manière soudaine dans la légende, mais si on l'analyse dans une perspective historique, c'est au contraire un processus « de longue durée » Il poursuit en affirmant que « c'est, nous semble-t-il, la légende qui, usant du symbolisme, lui a donné une attitude dramatique » (2).
Avant l'installation de Dyabe, fils de Di a, au lieu-dit Kumbi devenu capitale du Wagadu, il fut informé par l'oracle (hyène et vautour) des conditions à remplir pour jouir de la propriété de l'endroit. Elles supposaient d'accepter d'offrir à l'animal mythique une vierge tous les ans, en contrepartie de quoi il assurerait la prospérité aux gens du Wagadu, en leur distribuant de l'or.
Cette tradition séculaire fut respectée, semble-t-il, par les habitants du pays jusqu'au jour où le tour de sacrifier la promise de Mamedi, « le taciturne » (safan xotte), arriva. Celui-ci farouchement opposé au sacrifice de Asya (nom de sa compagne) prit la décision de passer outre à cette loi quitte à créer le Mal. Le jour tant attendu, Mamedi mit à exécution son forfait en tuant le génie tutélaire avant qu'il ne s'empare de sa proie. Celui-ci proféra la malédiction suivante : « ma mort sera la cause de toutes les calamités que vous n'avez pas connues tant que vous m'avez respecté. A partir d'aujourd'hui, pendant sept ans, sept mois et sept jours, il ne tombera pas d'eau dans le Wagadu et vous ne trouverez plus une paillette d'or. » (3).
Dans les lignes qui précédent, nous avons essayé d'exposer les points de vue divergents sur les raisons qui ont conduit à la disgrâce de ce grand ensemble soninké. Le déclin politique de l'empire, serait-il à l'origine de la conquête du Ghana par les Almoravides en 1076 ? De toute évidence, cette date consacre la fin définitive de l'empire du Ghana créé dès le VIIe siècle. Il semble que celui-ci, à une certaine époque, avait obtenu l'hégémonie sur d'autres territoires. C'est ainsi qu'il avait étendu son contrôle sur d'autres peuples comme les berbères de Sanhjas et les Tekrur. Avec l'annexion de l'empire par les Almoravides, l'islam va faire son entrée dans la cour royale. Cette islamisation des habitants du Ghana, suscite des réserves chez certains chercheurs tel que A. Bathily, selon lequel « déduire de ce passage que le Ghana a été détruit par les Almoravides et sa population forcée d'embrasser l'islam, relève de la spéculation ». Dès lors, l'empire étant agonisant, la dispersion des Soninké devint irrémédiable.
Mais selon le témoignage d'un gesere (littér. « traditionaliste »), l'éparpillement des Soninké à travers différentes régions de peuplement (Gidimaxa, Jahunu, Tiringa, Gajaaga, Jomboxu, Gidime) fait suite au refus par certains du dédommagement proposé par la mère de Mamedi, pour les sept ans durant lesquels le génie tutélaire avait prédit aux habitants du Wagadu des lendemains difficiles. D'autres avancent des facteurs climatiques qui auraient contribué à cette dispersion. Certes le mythe fondateur n'élucide en rien la question de l'émigration des Soninké. Cependant, il sert de « support identificatoire » (4). En effet, les jaaru (griots et ménétriers) et les geseru (traditionalistes) s'appuient sur son contenu pour élargir leur auditoire et demander des cadeaux à tous les Soninké d'où qu'ils soient.
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